Décès d'Anne Hébert
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27 janvier, 2000

 

MOT D’ADIEU

 

Le quotidien Le Devoir nous apprenait hier qu’Anne Hébert avait pu terminer, avant sa mort,  un opéra pour enfants mettant en scène différents animaux. Cet opéra est le produit d’une collaboration entre Anne Hébert et une compositrice québécoise de musique contemporaine. Les partenaires et les circonstances de sa production devraient être connus dans environ deux mois.

Cette intention posthume revêt un caractère particulièrement symbolique quand on sait l’importance primordiale qu’occupe le thème de l’enfance dans l’œuvre d’Anne Hébert. L’auteure continue ainsi de s’adresser à nous, ou plutôt à l’enfant en nous qu’elle a toujours souhaité voir triompher, envers et contre tous les aléas du temps.

Ce dernier salut de la main qu’elle nous envoie de loin, nous émeut. Chère, très chère Anne Hébert, vous nous manquerez tellement, couchée maintenant parmi les grands morts que vous avez rejoints. Le silence démesuré qu’a créé votre absence, nous enjoint aujourd’hui de trouver en nous-même « une voix juste et belle » pour tenter de la combler. C’est en cela même que votre mort est lumineuse. Adieu

 

 

22 janvier, 2000

 

DÉCÈS D'ANNE HÉBERT


Nous apprenons aujourd'hui avec consternation le décès d'Anne Hébert, à l'hôpital Notre-Dame de Montréal. Elle était agée de 83 ans. On arrive à peine à imaginer qu'elle nous a quittés après toutes ces années d'une présence aussi vibrante et généreuse. Son oeuvre, écrite " à la pointe extrême de l'attention ", en témoignait depuis plus d'un demi siècle.

D'une absolue précision, cette oeuvre est également d'une aveuglante clarté. Par sa lecture, elle nous invite en cela au dépassement de soi. La justesse, que tout lecteur sait reconnaître intuitivement, est toujours sans compromis; c'est même la seule façon d'entrer en poésie. " Pour pouvoir écrire, disait-elle, il faut avoir longtemps rêvé ". À la lecture de son oeuvre, on se rend compte à quel point notre façon d'imaginer est pauvre par rapport à celle du poète, nourrie par l'illusion géniale et souveraine des formes. Chez Anne Hébert, l'unité de la conscience qu'est " la parole " s'y enracine pour nous donner à voir dans sa splendeur le règne des métamorphoses.

Anne Hébert occupe la place d'honneur dans la littérature québécoise. Elle se classe désormais parmi les plus grands auteurs de la littérature française du vingtième siècle.